Lola Brousmiche : « Produire de l’énergie à partir de déchets,
c’est ça que je voulais faire de ma vie. »
Par Clara Brousmiche et Ange-Maëlle Wouobong, le 21 mai 2024
Dans un monde où 130 kilogrammes de déchets alimentaires sont à déplorer chaque seconde en Europe, l’entreprise Waste End, fondée par Lola Brousmiche et Nathan Pletinckx, se distingue par son approche unique de gestion des déchets. Depuis 2018, c’est ensemble qu’ils tentent de permettre à de petits producteurs de détritus organiques tels que des maisons de retraite, des hôpitaux ou des restaurants de valoriser leurs déchets quotidiens.
Lola Brousmiche a découvert la biométhanisation pendant ses études en ingénierie chimique. « Quand j’ai découvert qu’il était possible de produire de l’énergie à partir des déchets, j’ai su que c’était ce que je voulais faire, » raconte-t-elle. Alors, avec tout son bagage scientifique et sa sensibilité à l’écologie, elle a co-créé la start-up Waste End avec Nathan Pletinckx, diplômé en Ingénieur de gestion.
Le procédé n’est pas nouveau : les déchets organiques sont transférés dans des cuves, dans lesquels ils développent du biogaz et deviennent de l’engrais. En quoi Waste End se démarque ? Ils ont miniaturisé le processus et l’ont rendu « low tech ». « On minimise vraiment la consommation des ressources tant en matières première qu’en énergie consommée dans notre process. On ne cherche pas forcément à tirer 99% du biogaz de nos déchets, on veut simplement les transformer en ressource.
© Clara Brousmiche, 2024
Lola Brousmiche actionnant le broyeur de son biométhaniseur pour envoyer les déchets dans les cuves.
On consomme seulement un peu d’électricité pour le broyeur à l’entrée, car les détritus doivent devenir une espèce de soupe. Mais en dehors de ça, contrairement aux installations classiques où les cuves sont chauffées, nous, on travaille à température ambiante. Et on n’a pas de système d’agitation, ni de compression du biogaz », nous explique-t-elle. Etant donné la taille de l’installation, sa production en biogaz est trop petite pour qu’il soit rentable de la convertir en électricité. Elle ne peut donc pas être autonome et le broyeur doit être branché à une source d’électricité pour « avaler » les déchets : voilà une des conditions à la mise en place d’un biométhaniseur Waste End.
Une solution pensée pour les professionnels
Une autre condition doit être la quantité de déchets produits. L’entreprise ne s’adresse pas aux ménages car ses appareils doivent ingérer au moins trente kilos de détritus par jour. La solution est en revanche idéale pour les restaurants, cantines d’écoles, les maisons de repos, ou encore les hôpitaux. « On sent de plus en plus une volonté des établissements de se tourner vers des solutions plus vertes et plus durables. L’argument RSE pèse de plus en plus pour les boîtes. Maintenant, la rentabilité rentre en compte aussi, parce que proposer un truc qui est vert, mais qui va coûter plus cher en général, ça ne marche pas », souligne Lola.
Waste End propose des formules de location ou d’achat de ses installations. Dans les deux cas, cela permet au client de réaliser des économies : « Au lieu de payer un prestataire qui vient collecter ses déchets, il les met dans notre système, qui va fournir en énergie ses cuisines, ses chauffages ou autre, et ainsi diminuer sa facture à la fin du mois. Par exemple, notre prochaine installation se trouvera dans un hôpital où l’énergie produite permettra de chauffer la piscine servant à la revalidation des patients », précise Lola. Elle ajoute : « De plus, l’engrais qui découle aussi du processus peut ensuite être utilisé dans les espaces verts de l’établissement. En transformant et en produisant localement, nous parvenons à contribuer à une économie circulaire ».
Valoriser le digestat au-delà des murs de l’établissement
La start-up a également pour ambition d’exporter l’engrais produit : « Notre but, c’est de pouvoir utiliser le digestat à l’échelle locale, mais pas forcément dans le jardin si l’établissement n’en a pas. On voudrait mettre en place des partenariats avec, par exemple les espaces publics de la ville ou avec des pépiniéristes locaux. » Malheureusement, certaines législations ne sont pas adaptées face à ce système innovant, qui n’est ni industriel, ni agricole : « Ce n’est pas forcément aussi évident que ça en a l’air d’un point de vue législatif, parce que le digestat est considéré comme un déchet, donc il doit respecter tout un nombre de normes, subir des analyses, etc. Autant dire que ça va mettre du temps à se concrétiser ».
Un avenir en construction pour Waste End
Cela dit, l’avenir de Waste End s’annonce prometteur avec des projets de développement et de standardisation de leur système. « Nous travaillons sur un produit standardisé et industrialisable pour le rendre encore plus accessible », annonce Lola. En parallèle, l’entreprise cherche à obtenir des financements pour développer davantage leur technologie et répondre à une demande croissante.
Waste End est un exemple inspirant de comment l’innovation et la passion peuvent transformer des défis environnementaux en
opportunités économiques et écologiques. Grâce à leur approche unique, Lola Brousmiche et Nathan Petinckx montrent tous les deux qu’il est possible de construire un avenir plus durable.
Même s’il n’est pas encore possible en tant que particulier de disposer des avantages d’une installation comme celle de Waste End, n’oublions pas que tout le monde peut valoriser ses déchets, notamment en faisant son compost ou en usant de recettes anti-gaspillage.